Syndrome de Di George

Qu’est-ce que la micro délétion 22q11.2

ou Syndrome de Di George ?

Également connue sous le nom de Syndrome Vélo-Cardio-Facial: VCFS dans les pays anglo-saxons.

par le Docteur Yves ALEMBIK du Service de génétique du CHU de Strasbourg et le Professeur Stephan ÉLIEZ du Service de la Guidance Infantile du CHU Genève

Dans chacune de nos cellules, il y a 23 paires de chromosomes numérotés de 1 à 22, la dernière étant celle des chromosomes sexuels X et Y qui vont déterminer le sexe masculin (X Y) ou féminin (X X) Chaque cellule initiale est composée à parts égales de patrimoine génétique paternel et maternel. Chaque chromosome possède un bras long appelé "q" et un bras court appelé "p", ces bras sont réunis entre eux par le centromère. Une micro-délétion est la perte d'un petit segment de chromosome comprenant plusieurs gènes.

 

Dès 1965, le Docteur DI GEORGE décrit pour la première fois les symptômes observés chez quatre enfants à la naissance : anomalie cardiaque associée à une anomalie de thymus, et une hypocalcémie par anomalie des parathyroïdes.

En 1978, le Docteur SHPRINTZEN décrit un aspect particulier du visage associé à une fente palatine, à une anomalie du larynx. De plus, ces enfants présentaient des troubles de l'apprentissage. Ce syndrome porte le nom de syndrome Vélo-Cardio-Facial ou VCFS ou encore de syndrome de Shprintzen.

 

 

En 1981, le Docteur DE LA CHAPELLE pense à une anomalie génétique. Il découvre que le symptôme est associé au Chromosome 22. 10 ans plus tard, en 1991, le Docteur Driscol montrera l'existence systématique d'une micro délétion du chromosome 22 détectable grâce aux marqueurs génétiques (FISH)...  Un généticien bien connu le Docteur M. Michael Cohen, Jr., disait souvent que les généticiens étaient plus enclins à partager leur brosse à dent que leur terminologie.

 

Pour des raisons variées, le VCFS est connu sous un certain nombre d'appellations, entre autres la séquence de Di George, le syndrome de Shprintzen, le syndrome cardiofacial de Cayler, le syndrome de la délétion 22q, le syndrome des anomalies conotroncales et de la face (Japon) et malencontreusement le CATCH22.


Le CATCH22
peut certainement être rayé de la liste des appellations acceptables parce que c'est une tentative
humoristique de mauvais goût (faisant référence à la nouvelle et comédie noire CATCH22 de Joseph Heller). L'appellation de "Di George" a été donnée après que le Docteur Angelo Di George, endocrinologue de l'Hôpital St-Christopher à Philadelphie, ait décrit l'athymie (absence de thymus) et l'hypoparathyroïdisme chez un certain nombre de nouveau-nés. On sait depuis, que plusieurs d'entre eux avaient le VCFS. La séquence de Di George est désignée ainsi parce qu'elle représente un ensemble de symptômes d'étiologie  non-spécifique et dont les causes peuvent être multiples. Par exemple, l'athymie et l'hypoparathyroïdisme ont été trouvés chez des enfants souffrant du syndrome d'alcoolisation fœtale, du syndrome de Nikawa-Kuroki et de réarrangements chromosomiques autres que du chromosome 22. La séquence de Di George est présente chez un petit nombre de nourrissons avec le VCFS, mais la majorité ne l'ont pas.

 

Cependant, un très grand nombre d'enfant avec la séquence de Di George ont aussi le VCFS. En fait, tous les enfants avec la séquence de Di George et la délétion 22q11 ont le VCFS. Les différences au niveau de l'expression clinique de la délétion représentent le phénomène auquel sont sans cesse confrontés les généticiens de l'expression variable". Ainsi les différentes appellations découlent parfois de l'expression clinique variable du même trouble

 

Le VCFS est trop peu connu et pourtant, il figure depuis peu au panthéon des syndromes et il existe typiquement un décalage entre une première publication sur un nouveau désordre (978 pour le VCFS) et son acceptation large au sein du corps médical. De plus le VCFS attire moins l'attention que des désordres comme le syndrome de Down (Trisomie 21), parce que les enfants affectés du VCFS ne sont pas autant stigmatisés physiquement et parce que leur syndrome peut passer inaperçu pendant plusieurs années, étant donné que le diagnostic est difficile, en particulier chez les nourrissons. On peut cependant se réjouir de la récente croissance d'intérêt pour le VCFS et des progrès remarquables dans son étude et sa reconnaissance au cours des 5-6 dernières années.

Les symptômes que l'on observe le plus souvent sont:

  • Anomalies du palais et des oreilles:

     

    La présence chez 95% des personnes atteintes d’une fente palatine, parfois sous muqueuse, d’un voile du palais trop court ou d’une anomalie de la gorge peut entraîner des difficultés de langage empêchant une bonne compréhension de l’enfant. Il sera impératif de mettre en place une guidance orthophonique très précoce (dès 1 an), parfois une intervention chirurgicale afin de favoriser le langage et de ce fait la scolarisation.

     

    Après l’âge de 5 à 7 ans, tous les enfants pris en charge parlent, d’où la nécessité d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge immédiate en partenariat avec les parents. Les otites sont fréquentes et peuvent à la longue se solder par une perte auditive si elles ne sont pas correctement traitées. Une pose de drains tympaniques est souvent nécessaire. Les otites résultent d’un déficit immunitaire mais surtout des malformations du pharynx. Une anomalie de l’oreille interne peut aussi altérer l’audition et sera à rechercher.

     

    Troubles de l’alimentation:

     

     Étroitement liés aux anomalies de la gorge ou du larynx.

     

    Malformations cardiaques:

     

    Elles touchent environ 65% des personnes atteintes. Ces malformations sont variables dans leur complexité. Le plus fréquemment, il s’agit d’une communication inter-ventriculaire ou inter-auriculaire, d’un rétrécissement des grands vaisseaux qui sortent du cœur (aorte ou artère pulmonaire), ou de malformations valvulaires ou vasculaires. Une combinaison de plusieurs malformations est également possible (p.ex. tétralogie de Fallot). La plupart de ces malformations peuvent être partiellement ou complètement corrigées par la chirurgie.

     

    Hypocalcémie:

     

     Liée à une atteinte des glandes parathyroïdes pouvant entraîner des crises de tétanie chez les tout petits et des troubles du caractère chez l’enfant ainsi qu’un retard de croissance et un disfonctionnement du colon : un traitement approprié pourra pallier ces problèmes si nécessaire, et une surveillance régulière sera mise en place.

     

    Troubles des défenses immunitaires:

     

    Une absence ou un mauvais développement du thymus peut entraîner une réduction importante de cellules du système immunitaire de type lymphocyte T. Des infections ORL très fréquentes dans 78% des cas chez le petit enfant peuvent encore aggraver les difficultés de prononciation ou d’audition. Des antibiothérapies adaptées améliorent considérablement le quotidien, surtout dans les premières années.

     

    Malformations du système urinaire:

     

    L’absence ou l’hypoplasie d’un rein est fréquente. Bien qu’elle n’ait généralement pas de conséquences chez l’enfant, il est important de la connaître car cette information va conduire le médecin au choix de certains médicaments et à traiter vigoureusement toute infection urinaire.

     

    Constipation:

     

    Dont la ou les causes sont encore très mal connues. L’hypo calcémie semble être un des éléments perturbant mais sans doute pas le seul. Ces problèmes se révèlent graves dans 32% des cas.

                                                                                                                                                                                                                                              Problèmes hormonaux:

     

    Des déficits de la glande thyroïde et parathyroïde ont été rapportés. Il est important pour le médecin traitant d’être informé de ce problème car il n’est pas toujours évident de détecter ces déficits chez des enfants. L’hypocalcémie (réduction du taux de calcium sanguin), signalée par des crises de tétanies, est une des conséquences de l’hypo parathyroïdie.

     

    Scoliose:

     

    Très fréquente : 42% des cas, elle nécessite une prise en charge de kinésithérapie et une surveillance constante. Un suivi par un orthopédiste qui proposera des semelles dès le plus jeune âge semble avoir un effet bénéfique sur le développement de la scoliose.

     

    Troubles moteurs:

     

    70% des cas Une prise en charge en psychomotricité est nécessaire pour améliorer la motricité fine et les difficultés spatio-temporelles persistantes.

     

    Hypotonie:

     

    Présente dans 95% des cas, elle entraîne un léger retard du développement psychomoteur et une certaine lenteur gestuelle : une rééducation précoce et continue et l’aide des parents en atténueront les effets.

     

    Retard dans les apprentissages et déficit d’attention:

     

    Présent dans presque tous les cas, 98% des cas, c’est le défi majeur auquel les parents sont confrontés. A la micro-délétion 22q11 sont très souvent associés des troubles de la cognition et des apprentissages. Plus le diagnostic sera précoce, meilleure sera la prise en charge. Le rôle des parents est primordial dans le devenir de l’enfant. C’est grâce à leur soutien, leur présence, leurs sollicitations constantes, attentives, patientes et sans failles que l’enfant progressera. Comme dans beaucoup d’anomalies génétiques, le regard des professionnels change. En effet, plus le nombre de familles diagnostiquées augmente, plus les variations apparaissent. Jusqu’au début des années 90, seuls les cas les plus graves étaient connus. Aujourd’hui, avec les progrès  de la connaissance du syndrome, nous avons mis en évidence que 78% des enfants atteints pouvaient suivre une scolarité «normale» jusqu’en troisième, avec un soutien très fort aussi bien parental que médical.  Il reste à convaincre les enseignants d’accepter nos enfants dans les classes.

     

    Troubles psychiatriques, schizophrénie:

     

    Chez 20 à 25 % des adultes, on a pu observer des troubles psychiatriques. Une des difficultés dans l'investigation des troubles psychiatriques chez l’enfant ou l’adolescent est que leur sévérité évolue avec l'âge, devenant typiquement plus sévères chez l'adulte.

     

    Ces différents symptômes peuvent trouver des solutions. Il est cependant important de ne pas les traiter séparément les uns des autres, car il peut y avoir des interactions importantes. Les parents doivent dans tous les cas être partie prenante dans les différentes rééducations de l’enfant. La connaissance de cette anomalie génétique est encore incomplète. Sa complexité, l’implication d’un grand nombre de gènes et donc les très nombreux symptômes qui en résultent (185 observés), rendent la recherche difficile.

     

    C’est du partage des informations, de l’échange entre professionnels, et associations qu’émergent des idées de recherche, et, dans le cas de la micro délétion 22q11.2, les congrès sont d’une importance capitale pour faire progresser la connaissance et donc la prise en charge des patients et la recherche sur ce syndrome.

     

    Pour en Savoir Plus sur La Maladie : Le Syndrome De Di George